Iphigénie, La blanche écarlate Oratorio matériau

Texte d’Ingrid Boymond – soutenu par Beaumarchais SACD, 2017.

Mise en scène : Muriel Vernet – Cie Choses Dites

Avec : Olav Benestvedt –chant (en cours), Ingrid Boymond, Muriel Vernet

Durée : environ 1H15

 

Quand la tragédie antique rejoint nos états de guerre

Ce texte est un oratorio mêlant plusieurs chants à celui de la figure centrale de Chrysothémis, traversée par les voix de ses mortes, mère et sœur, et les résurgences d’une mémoire à jamais inguérissable. Elle ressasse la tragédie, le scandale de la mort d’Iphigénie, sacrifiée par leur père chef de guerre sur la place d’un marché. Il s’agit de nos guerres actuelles, il s’agit des « enfants bombes » aux ceintures d’explosifs. Comment un enfant accepte cette mort? Qui décide pour lui? La tragédie antique rejoint nos états de guerre, ce qui se passe au Moyen-Orient, au Nigéria. Une langue comme un chant macabre où la voix de Chrysothémis est à la fois restée dans l’enfance et sortie d’outre-tombe. Quelque chose de la fragilité est mort définitivement mais quelque chose d’une force continue à vibrer. La force d’une foi en l’humanité, en la beauté, la force d’une femme capable de dénoncer la violence, de ne pas l’excuser, de revendiquer un autre monde, d’en rechercher une justice.

 

Une résonance du fond des siècles

Chrysothémis sent le retour de la haine, aimerait s’en débarrasser. Elle chante sa tragédie pour qu’elle ne revienne. Elle parle d’un autre endroit, hors d’une autorité patriarcale. Iphigénie est l’enfant sacrifié, l’innocence tuée, au nom de quoi ? La haine? La haine qui engendre la haine et la vengeance, ce cercle infernal qui déjà depuis l’antiquité cherche à s’interrompre à travers la justice des hommes. Quelle justice cependant pourrait endiguer l’horreur actuelle de nos enfants armes de guerre? Résonance infernale du fond des siècles, des millénaires. Quelle alternative à la vengeance ? Cri jeté à la face des dieux, de l’univers, de l’humanité.

 

Une langue à partir du monstrueux, qui bégaie

L’écriture est dans une poétique concrète, entrecoupée de tirets, comme des trous dans la langue, une béance du langage donnant à entendre l’innommable, l’innommé… C’est une écriture de la sororité face à la violence fraternelle, celle des hommes en guerre ; quelque chose d’insoutenable dans cet archaïsme. Mais c’est une langue comme un chant ; bien que le mal soit fait il y a comme un espoir dans la survivance de ce chant. L’auteure ne donne aucune réponse, les questions sont la matière même de la parole... une parole ouverte, en question…

 

De la nécessité du chant

A partir de ce matériau textuel, qui fait donc appel à différents endroits de la parole - narrative, scènes rejouées, fragments poétiques - nous mettrons au cœur de notre travail la nécessité du chant en équilibre ténu avec « les voix », face au « fracas du monde ». Non pas chants appris ou existants, mais des improvisations chantées nées de ce qui advient et créant ce qui adviendra, entre les mots et entre les interprètes. Une autre façon de raconter, de soulager peut-être aussi la blessure ; le chant comme la manifestation du désir de vie et la reconnaissance de la beauté agissante du monde.

 

Matériaux scénographiques et sonores

Nous travaillerons dans l’espace scénique brut qu’est le plateau dépendrionné et sa machinerie à vue. Différentes  zones  seront dessinées en fonctions des différents  chants, figures et endroits de parole, appelant différentes matières concrètes et organiques : une bande  de terre,  un tas de cendres… (En cours)

Nous utiliserons, dans l’optique de créer un univers sonore particulier peuplant la scène de présences diverses, un traitement spécifique des voix - parlées, chantées, sonorisées, off - des archives sonores, des informations radiophoniques, et éventuellement de la musique diffusée.

Cet Oratorio, pourra être aussi traversé par des réminiscences autres: quelques fragments du poète Yannis Ritsos, quelques bribes de Marguerite Yourcenar… (En cours…) 

Comme autant de passerelles ou d’échos nous rappelant que tous les temps se côtoient, coexistent dans la réalité vécue des hommes.

 

Juillet 2018,

Muriel Vernet, Cie Choses Dites

Ingrid Boymond, auteure