IphiGénie, La blanche écarlate

d’Ingrid Boymond –  2017

Mise en scène : Muriel Vernet – Cie Choses Dites

Avec, en cours… : Ingrid Boymond, Muriel Vernet, musicien(ne)-Chant….

Durée : environ 1H/ 1H10

Ce texte, monologue de Chrysothémis, renoue, en le renouvelant complètement, avec le « poème dramatique », comme chez le poète grec Yannis Rítsos et le cyclede ses longs monologues inspirés par la mythologie et la tragédie antique (Oreste, Agamemnon, Ismène, Chrysothémis, Le retour d’Iphigénie, …)

Dans ce texte IphiGénie, La blanche écarlate, Chrysothémis, se rejoue indéfiniment les scènes de l'histoire familiale, semblable à celle des Atrides, mais là, au cœur de nos guerres actuelles, histoire centrée sur le sacrifice et massacre de sa sœur IphiGénie par le père qui l’a fait exploser sur une place de marché.

Chrysothémis est traversée par les voix de ses mortes (IphiGénie, mais celle de la mère, aussi assassinée par le père) et les résurgences d'une mémoire à jamais inguérissable,  le scandale de la mort d'IphiGénie, le scandale des enfants- armes de guerre aux ceintures d’explosifs.

Ici, donc, la tragédie antique rejoint nos états de guerre, ce qui se passe aujourd’hui en divers endroits du monde, au Nigéria, au Moyen Orient…

L’impensable réalité des enfants bombes; résonance infernale du fond des siècles, des millénaires …

L’écriture est dans une poétique concrète, entrecoupée de tirets, comme des trous dans la langue, une béance du langage, l’innommé, le père, celui par lequel Chrysothémis ne peut finir ses phrases. Une langue à partir du monstrueux, qui bégaie.

Mais une langue comme un chant, Chrysothémis est devenue ce chant, cette litanie. Elle parle d’un autre endroit, hors d’une autorité patriarcale. Bien que le massacre ait eu lieu, il y a comme un espoir dans la survivance de ce chant. Elle chante sa tragédie pour qu’elle ne revienne….

Un texte comme un cri, jeté à la face des dieux, de l’univers, de l’humanité ; un cri qui pourrait se mettre en boucle, à l’infini….

Une fulgurance sur un plateau….

                                                                             Ingrid Boymond, Muriel Vernet, Avril 2018