Phèdre

 

Phèdre, la chambre d'écho : pour Hippolyte, le jeune homme au fusil

de Yannis Ritsos

 

 

 

 

« Explorer le mythe de Phèdre c’est explorer tout un continent...
Une archéologie du désir...
Depuis Euripide, en passant par Sénèque, Garnier, Racine, et nos contemporains Marina Tsvetaïeva, Sarah Kane, D. G. Gabily...

Toute « l’histoire du théâtre » est traversée par cette figure de Phèdre... Et la figure de Phèdre apparaît toujours « comme si tout le théâtre entrait en scène à cet instant »...

Nous travaillons actuellement sur le triptyque « Gibiers du Temps » de Didier-Georges Gabily, oeuvre qui convoque toute la force des mythes fondateurs au cœur du monde contemporain, puisant aux mythes de Phèdre, Thésée et Hippolyte.

Très vite, j’ai eu envie de mettre en résonance avec cette œuvre fleuve, ce théâtre-roman qu’est « Gibiers du Temps », le poème dramatique de Yannis Ritsos.
Cela me semblait être une « pépite » au milieu de «l’orage de toutes ces tragédies »...
Une variation incontournable, une fugue lumineuse et ténue, de par la simplicité (relative...) de sa forme et la beauté absolue de la langue...

La Phèdre de Y. Ritsos, est une sorte d’éclipse...
Sa Phèdre est un « soleil noir », une « sombritude lumineuse »...
C’est l’ultime rencontre entre la figure solaire absolue du bel Hippolyte, le jeune homme au fusil, et la brillance lunaire d’une Phèdre, sans âge, qui a décidé du moment exact de sa fin, juste à la fin du poème...
Son désir « fait poème »...
À la fois onirique et trivial, traversé par toutes ces ombres singulières et familières qui envahissent l’œuvre poétique de Ritsos, nous ramenant toujours à une intimité concrète et universelle.

Notre scénographie sertit ces deux champs (chants) – l’espace quotidien, matérialisé par le rocking-chair et le cendrier, la balançoire et le petit cheval de manège, au plus près du public, dans un rapport bi frontal – et l’espace onirique, symbolique, fantasmagorique, plus éloigné du public, plus frontal aussi, avec ces ombres suspendues, un lit d’enfance éventré, un piano creux, un cadre-miroir vide, une lumière de candélabres et de brûlot... Tout cela sous le regard et la présence intolérable du jeune homme restant « à la lisière toujours de la chambre interdite », jusqu’à la « fin du désir poème » où Phèdre montera l’échelle de corde pour rejoindre ces ombres, ces âmes mortes, ces figures de théâtre... Alors le bel Hippolyte transgressera peut-être cette « si belle, si incorruptible nuit »... Peut-être prendra-t-il la place dans le miroir de Phèdre, peut-être réitérera-t-il quelques gestes... Dans l’attente d’un retour de Thésée... »

Muriel Vernet

 

Texte : Phèdre de Yannis Ritsos, poète grec contemporain / Conception, scénographie : Muriel Vernet, Aurélien Villard CREATION / Lumière et régie : Aurélien Villard, François Dupont MUSIQUE : Jean Guillaud / Regard extérieur : Dominique Pasquet
/ Avec: Sébastien Depommier (Hippolyte) et Muriel Vernet (Phèdre)

Création : Usine Gyltiss – Communauté de communes en Bièvre-Liers à Gillonnay (octobre 2010) Reprise Festival Est-Ouest – Die (septembre 2011)

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